25 août 2012

[Exercice 12] Plage et Coquillage

                                                                     praia_de_ipanema_rio_de_janeiro

          Enfin les vacances, enfin la liberté. Zéro responsabilités, je n’entendrais plus parler du boulot pendant au moins deux semaines, je vais pouvoir me détendre, attraper tous mes livres non lu de ma bibliothèque – environ une bonne douzaine que j’ai collectionné avec le vain espoir de les lires après mes journées de travail harassante… oui tout à fait, je travails comme hôtesse à la mairie. A moi les plages de sable blanc, les mers turquoise, les brises marine qui me caresse le creux des seins pendant que je me dore la pilule sous un soleil de plomb avec pour seule activité : mater, bouquiner, re-mater – c’est important – et boire ; des cocktails évidemment. Le tout servi bien frais par des barmen bodybuilder chemise ouverte, torse au vent… Mais avant, il me reste encore une dernière journée à achever. Aller ma vieille, motives toi ! Debout Rachelle… humm bon sang pourquoi le réveil affiche toujours l’heure fatidique. Ce truc est une torture, chaque fois que l’on daigne poser les yeux dessus, il affiche une heure désagréable pour le merveilleux couple – soi et son oreiller ne nous enflammons pas – comme pour nous rappeler toutes ces fois ou on le frappe violemment le matin ; alors que le pauvre ne fait que son travail. Réveil : un métier à risque ? C’est peu dire. Nous n’y pensons pas assez souvent c’est vrai, un réveil s’en prends pleins les boutons chaque jour de l’année. Non c’est vrai sauf pendant les vacances parce qu’étrangement on le punit du fait de nous rendre le service nécessaire mais particulièrement cruel de nous réveiller avec autant d’aplomb...

 

Merde ! je parle, je parle mais le temps lui défile ! Saleté de réveil ! Et hop une douche expresse, vive les cheveux gras. Maquillage oblige. Un café, un freedent… Heu non qu’est-ce que je raconte-moi. Un café, un croissant, SMS aux copines. Prête ! Magnifique je n’ai mis qu’une heure. J’ai donc une bonne vingtaine de minute à lézarder. Regardons le courrier, alors facture, facture, facture, pub, facture, facture, banque – ça sent le sapin – facture, magazine, facture, magazine, magazine, chewing-gum – si, si c’est possible – ha, une lettre. Je n’avais pas touché à ma boîte aux lettres depuis deux semaines, avant-hier soir.

« Salut ma jolie, un petit coucou du Brésil, il fait beau, il fait chaud, la samba résonne, le cachaça (alcool local) coule à flot, Vivi et moi sommes aux anges, les brésiliens donnent chaud. D’ailleurs je soupçonne Victoria d’avoir pris du bon temps sur la plage la nuit dernière si tu vois ce que je veux dire. Les plages sont tout simplement magnifique, nous avons fait énormément de lèche vitrine, des paires de chaussures par millier, le rêve. C’est vraiment dommage que tu n’aies pas pu venir avec nous, tu nous manques beaucoup. Bon ok ce n’est pas tout à fait vrai, mais au moins on a une pensée pour toi. Cela dit tu serais surprise du nombre de choses que tu peux faire ici. C’est dingue. Quand je pense que toi tu seras en Bretagne… j’ai regardé sur le net dans un taxiphone ici (avec des vendeurs très sympathique, et physiquement très intelligent), tu devrais avoir du beau temps, c’est une bonne nouvelle ! Bon Ernesto nous attends, j’ai oublié de te parler de lui, c’est notre guide touristique, il vit à Rio et c’est proposer de nous faire visité et même de nous héberger. Taillé dans la roche, une carrure à faire rêver, un corps protecteur, beau, charmant, drôle, mais ce qui me fait chavirer c’est son petit accent lorsqu’il parle français. Il est tout simplement parfait.

On t’embrasse Vivi et Lison. »

Premières réactions : puis-je leur souhaité un bronzage raté, une intoxication alimentaire, une intempérie fulgurante, et de se faire voler – oui je suis cruelle – mais elles aussi. Pétasses ! Je serais sa foutue lettre sans même m’en rendre compte, et comme une idiote je l’ai emporté avec moi au boulot. Mon dernier jour de travail allait être bousillé, flinguer, détruit, réduit à néant par ces deux pain-bèches. Puis dans la continuité d’une journée pourrie, comme si cela ne suffisait pas à mon cher karma, la vision de cet Ernesto prenait des allures de dieu grec sortant de la mer turquoise, l’eau glissant lentement le long de ses muscles, et lui me transperçant d’un regard langoureux.

La réalité fut tout autre, lorsque Patrick, un pot de colle professionnel, me jetait un regard… étrange, qui me fit me sentir comme une tartiflette un long soir d’hiver. Derrière son double vitrage, et la globulescence hyper développée (oui le barbarisme est obligatoire pour traduire mon dégoût, navrée), se cachait un être sûrement très gentil, attachant, convivial, un peu potache mais dénué de mauvaise volonté. Bref pas du tout le type d’homme qui m’attire, et j’avoue ne pas lui laisser l’occasion de me prouver mon erreur. Il est bizarre il faut dire.

Les heures découlaient à la vitesse de mollusques handicapés faisant la course contre des grands-mères en déambulateur. Une torture. Le programme de ma soirée se planifiait dans ma tête, dès ma sortie du bureau j’allais foncer à la maison embarqué mon paréo, mon monoï (bronzage oblige), mes magazines (bah oui je ne parle pas portugais MOI), mes lunettes de soleil, mes robes du soir, mes talons, bref mon attirail séduction, et décoller pour – roulement de tambours – la Bretagne…

            Comme pour me donner bon espoir, et me réconforter des cinq heures quarante-cinq qu’il me restait à tuer derrière mon comptoir poussiéreux, où les feuilles de papier semblaient avoir trouvé leur lieu de rendez-vous, je me connectais à internet pour regarder la météo. J’eu une pensée pour mon réveil, l’idée me vint que peut être toutes les horloges se connaissaient et conspiraient contre l’espèce humaine…

Non, non, non, non, non. N.O.N ! Vous l’aurez compris de la flotte en abondance. En période de canicule, la seule dépression auquel l’anticyclone n’a pu résister, c’était pour bibi. La déprime… moi qui commençais à imaginer un beau Frédéric, maigrichon dans sa combinaison de surf sortir de l’eau au loin (marée basse), et le voir remonté ce parcours de couche culotte, de sac plastique de canette de bière, d’oursins, et de Tampax… j’étais accablé.

            Le blues me gagnait, la vision du concombre d’Ernesto me faisait pleuré de jalousie, j’en venais même à envisagé le cornichon de Patrick, c’est vous dire… je sanglotais à mon comptoir, les rares personnes présentent se retournèrent sur moi, je m’effondrais sur mon bureau, anéantie.

 

 Des éclats de rire perçaient mes oreilles. Une chaleur intense m’étouffait, le soleil brûlait ma peau. Et ma tête se mouvait de haut en bas au rythme d’une respiration autre que la mienne. Qu’est-ce que… puis en écoutant de plus près, je m’apercevais que les gens ne parlaient pas français. Ho génial, ce n’était qu’un rêve ! Ho putain ! Le soulagement.

« Tu t’es endormi, me demanda un homme avec léger accent. Ho Ernesto pensais-je, encore mieux en vrai.

-          Non, répondis-je, je me reposais un peu les yeux.

Ses lèvres douces et charnues laissaient glisser un sourire d’ange sur son visage bronzé, il prit l’air amusé.

«  Tu ronfles souvent quand tu te reposes les yeux ? Il éclata de rire et me pinça le bout du nez. La honte… évidemment je ne pouvais cautionner ce dérapage respiratoire. Non mais moi… ronflé ! On aura tout vu. Admettre que cela pouvait être possible revenait à accepter qu’il en face de même. Voire plus si affinité. J’avoue que ce passage d’Ernesto, ronflant et pétant au lit me subjugua beaucoup moins que lorsqu’il se leva et se déshabilla pour plonger dans la mer d’Ipanema. La praia de Ipanema, comme ils disent. Tout était beau, tout était parfait. Et finalement Violette et Lisa n’étaient pas les pétasses de mon rêve, mais bien les amies qui me sont si chères. Avec leur conjoins dans leurs mains, et leurs mains loin d’Ernesto (il ne faut pas pousser mémé dans les orties tout de même).

Posté par AnatolePhrance à 20:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur [Exercice 12] Plage et Coquillage

Nouveau commentaire