26 janvier 2012

Petit N'importe quoi

La Gérante

Je me souviens des arrêts de bus…

            En face de tout ce monde, elle ne pouvait s’empêcher de faire un scandale. Comme d’habitude elle faisait jaillir de sa bouche douce et pulpeuse, des paroles plus meurtrières que les balles d’un fusil, ou plus pénétrantes qu’un curé – au choix. Une de ces journées de Décembre qu’on n’oubliera pas ; un de ces moments qui met à mal les fêtes de fins d’année. Remettant sur le tapis de vieilles querelles, elle s’emporte, je jubile, et inversement.

 Les cris fusent, c’est Bagdad dans sa tête, la course à l’armement entre sa langue et ses lèvres. Pour mon cœur et mon égo c’est la Seconde Guerre mondiale. C’est violent. Elle me rappel mes promesses non tenues, me traite de tous les noms. Elle me déteste. Je l’aime. C’est fantastique l’adaptation humaine. Elle est à deux doigts de me gifler, elle ne demande que ça. Moi aussi d’ailleurs, ça me donnerait une bonne raison de me tirer vite fait bien fait. Pure exemple de lâcheté masculine, fuir devant les problèmes et vous chargé ensuite mesdames une fois le dos tournée – à prendre dans tous les sens du terme, vulgaire ? Oui je sais. Sa haine m’envahit comme une douce couverture de dégoût. Petit à petit la Seconde Guerre mondiale, laisse place à la Guerre Froide. Entre amour et haine, j’avoue que moi aussi je suis sur le point de la giflé.

            Les gens autour, regardent ébahis, comme devant une télé. Ils jettent des regards en biais, moitié choqué de la scène, moitié intéressé. Prêt à dégainé le pop-corn tout juste acheté dans le centre commercial voisin, et profiter du spectacle qui ne leur coûte pas la moindre redevance TV.

Ce moment critique de la dispute, et par extension de la séparation, est un moment magique. Un pur délice. Chaque mot pèse lourd dans les balances d’affection-révulsion. Malgré une colère pourtant vivace, il y a cette minuscule barrière que l’on ne franchit pas. Cette toute petite différence entre la colère amoureuse, et la haine gratuite. Manque de pot je l’ai franchi. C’était une jubilation mérité de voir la décomposition de sa jolie frimousse. Noyé dans les larmes, le mascara – non waterproof – dégoulinant gentiment, c’est l’escalade dans les règlements de compte. J’accumule les fautes affectives et les erreurs de jugement, elle accumule les manipulations et les coups bas. C’est une véritable boucherie.

            Pour se laisser le temps de trouver de nouveaux arguments, je laisse un petit blanc entre chaque explosion de sanglots incontrôlés que je m’évertue à calmer d’un câlin réconfortant. Je bouffais littéralement ses cheveux, mon manteau aspirait joyeusement les jus de morve et de larmes. Pas très glorieux.

Elle faisait la gueule. Compréhensible. Moi je restais dans mon coin, jamais l’attente d’un bus n’a été aussi longue. On se jette des regards de détestation. C’est bouillant de rage. Les autres voyageurs en attente observent d’un air interdit, comme si le moindre mot allait avoir des conséquences désastreuses. Elle est à bout. Moi de mon côté je me sentais mal. Cette fille est un vrai poison. Mais c’est mon poison, et je l’aime. Et c’est tellement bon de faire des scènes qu’il serait injuste de s’en privé.

            Puis voyant poindre le désastre qui m’attendait si je ne rattrapais pas nos conneries, je me lançais vers elle. La queue entre les jambes, la fierté masculine bien piétiné, notre égo enfermé à double tour au fin fond de notre orgueil.

Toucher le bout du bras relève de l’exploit, je m’avance l’effleure. Là une pluie de baffes et de sanglots se mêlent. On ne sait pas très bien lequel provoque l’autre. Mais l’important est de ne pas se laisser atteindre au visage. D’excuses en tout genre jusqu’à la supplication je parviens enfin à la calmer, la laissant déblatéré seule sur les raisins de sa colère. Elle se débat et fini par céder. Elle finit dans mes bras. Je résiste à l’envie démangeante de relancer la dispute. Elle est magnifique quand elle s’énerve.

C’est une scène de plus que nous venons d’offrir au monde, et après laquelle, la haine se déverse dans un vide inconnu. L’aversion comme n’ayant jamais existée, les cajoleries reprennent leurs rôle et place. On se crache des insanités à la figure. On aime ça. Elle autant que moi. L’assurance absolue de pouvoir dire l’indicible blessant, de pouvoir la cracher comme le venin qu’il est et, l’instant d’après reprendre la vie ou nous l’avions laissé. Une chance. On se fait du mal pour se prouver qu’on s’aime. C’est con…

            Mais puisque l’on s’aime à s’en déchirer, pourquoi est-ce qu’elle est allongé là dans cette ruelle crasseuse, un flingue à la main. Pourquoi… est-ce qu’elle ne bouge plus ? Pourquoi… pourquoi est-ce que tout le monde autour la regarde comme ça ? Pourquoi est-ce que ce type… prend des notes ? Pourquoi personne ne fait rien ? Pourquoi je suis le seul à pleurer ? Pourquoi personne ne fait…  Pourquoi personne ne fait rien ? Pourquoi personne ne fait rien ?!


Commentaires sur Petit N'importe quoi

    Ohhh faut respirer

    Dis, ce texte est un coup de poing dans la gueule. Comment tu fais ?

    Posté par Pupurelalicorne, 04 février 2012 à 18:48 | | Répondre
  • UN GRAND MERCIIIIIII ^^

    Merci =) lol, pas de recette miracle malheureusement! comme je le disais sur les commentaires du groupe, j'écris les histoires que j'aimerais lire, je me fais plaisir avant tout, en essayant d'avoir un regard cynique touchant et drôle à la fois (très difficile sur certaines scènes lol). Imagination est mon mot préférer, peut être que c'est les éléments de renouveau qui s'intègrent dans le récit qui te donne cet effet "coup de poing" (pour reprendre tes mots ^^) mais pour être tout à fait franc, je n'ai aucune idée de ce qui rends le texte aussi impressionnant pour toi lol! j'ai du mal à avoir un regard critique sur ce que j'écris... un jour peut être je percerais le mystère de la recette magique qui fera rêver les gens =p

    Posté par Anthony, 04 février 2012 à 23:14 | | Répondre
  • Wahou. C'est... Puissant. Les mots qui me viennent au clavier ? Putain, bordel de merde. Il est magnifique ton texte, et le dernier paragraphe m'a achevée après que le début m'a toute retournée.
    La voix de l'homme embêté par la dispute mais qui d'un autre côté adore ça... Ca prend aux tripes. J'avais l'impression d'être parmi les spectateurs, le pop corn en moins.

    Posté par Marguerite, 21 février 2012 à 12:16 | | Répondre
  • Oh oui Maud, un coup de point dans la gueule. C'est ça la bonne expression.

    Posté par Marguerite, 21 février 2012 à 12:17 | | Répondre
Nouveau commentaire